Jean-Denis Maillart vu par Jean-François NOËL

« L’atelier de Jean-Denis Maillart aussi étrange que fascinant est un atelier où éclate à même le mur une grande esquisse de Jean Cocteau, dessinée un jour où l’auteur des « Enfants Terribles » jouait à saute-mouton et rêvait de l’Ange Heurtebise ; puis vous êtes accueillis avec un faste digne que la Renaissance italienne par l’Antinoüs de Praxitèle portant les ailes de l’Archange de Sodome et Gomorrhe conçu par Christian Bérard pour la pièce de Jean Giraudoux, par le Portrait de la Princesse Diane de France, Duchesse de Wurtemberg, la palette à la main, par un Jeune Homme romantique qui pourrait être Alfred de Musset ou Julien Sorel, par l’émouvant Portrait de la grand-mère de l’Artiste peint par son grand’père (1) qui eut une très grande carrière, et par Le Temple de Dorian Gray dont les ruines témoignent assez de l’éclatante beauté du corps humain dans l’épanouissement de sa virilité.

Car Jean-Denis Maillart – qui, comme la rosée de Rainer Maria Rilke – a répandu largement ses pétales aux quatre coins du monde depuis plus de trente ans qu’il exerce le dur métier de l’Apparence, a reçu comme la foudre l’hommage que lui a rendu Paul Valéry en lui écrivant : « J’ai coutume ou la manie de dire ; le peintre cherche la peinture, parole profonde que je n’ai pas le loisir, peut-être les moyens d’expliquer mais je crois bien, mon cher Denis Maillart, que vous avez trouvé ».

Le piège ou la trappe de Valéry auraient pu se refermer sur la longue route de sa vie mais jamais, grâce à Dieu et j’en puis témoigner, Jean-Denis Maillart n’a « trouvé » ! A plus de soixante ans il cherche encore l’appréhension du réel, la carnation des chairs, le plaisir des Fêtes Galantes, la profondeur de l’œil, la projection du Ciel sur la Terre. Il aurait pu n’être qu’un peintre mondain de plus et se contenter d’être un Cyprien Boulet ou un Baschet à travers plus de six cents portraits de Princes, de Mécènes, de Femmes du Monde et d’Artistes, des Hottinguer à la famille des D. Rockfeller, d’Hélène Perdrière à Jeanne Moreau, de S.A.I. la Princesse Fawzia à celui de « Dany Robin et ses enfants », à travers tant de danseurs et de ballerines, tant de Pierrots, d’Arlequins, d’Habits Rouges et de Grands Veneurs, tant de Chevaliers de Malte et de voyous crucifiés. Mail il n’a cessé aussi – à contre-courant – de plaider pour l’intégrité du visage de l’Homme. Il a refusé d’entrer dans le jeu des grandes destructions de la peinture contemporaine où le visage et le corps humains sont déchiquetés, bafoués, ridiculisés, morcelés, insultés, atomisés ! Il croit, solitaire, à l’éminente dignité de l’amour et de la beauté qui sont les luxes de la vie. Il croit encore – est-ce assez risible ? – à la Résurrection de la Chair ! Et si ses recherches récentes le poussent à pénétrer dans l’univers de la réalité fantasti­que, à retrouver le chemin des grands mythes et des symboles – jusque dans ses por­traits figuratifs – il reste toujours aussi attentif à la fragilité, aux douceurs et aux faiblesses de la forme écrasée par ce monde inhumain où nous sommes entrés à reculons.

J’y vois davantage une évolution de sa maturité qu’une audace imprévue et à ce titre son Exposition est exemplaire : Son Michel-Ange et son Rodin (qui rappellent le Sade de Man Ray) ; Narcisse, Évasion, Rencontre (qui suit les veines du marbre vert) et Les larmes de Cire, sans oublier Je est un autre vont tous dans le même sens et nous rappellent que Jean-Denis Maillart, homme de Tradition, n’a pas craché sur ses tombes ni sur celle de son vieux maître Othon Friesz.

Ses anges oniriques de la Chapelle de Blonville, près de Deauville, son «Bateau Ivre» illustrant le poème de Rimbaud, paru jadis chez Darentière, ses costumes de théâtre, son « jeu de cartes », ses bijoux, ses pourpoints, ses dagues et ses rapières, ses « petits princes » d’Eton ou débraillés du Château d’Oinville, ses visages d’enfants qui nous interpellent sur leur avenir dans la pureté de leur adolescence, tous les fantômes de son œuvre éparpillée qui ne pourra que grandir avec le temps, témoignent surabondamment qu’il n’a cessé de peindre, à travers « tant de frères humains qui après nous vivrez », avec une seule arme : la sienne ! »