Ce jeune est audacieux artiste, vous l’avez peut-être connu comme moi dans les salons de ces grandes maisons de couture, dont il était le modéliste.

Déjà chez Pascaud, il avait exposé des croquis débordant d’idées, éblouissants de couleur et quelques portraits de femmes dont il semblait le peintre-né ; de l’expression si diverse des visages au moindre pli de la robe, de l’éclat du regard à l’éclat du matin, tout disait l’amour de Jean-Denis Maillart pour la beauté, pour l’élégance féminine et pourtant, rejetant ce qu’il y avait d’un peu de mièvre d’un peu puéril dans sa première manière, déjà si prometteuse, il a abandonné la mode pour se consacrer à la peinture et c’est une magnifique révélation.
Je ne veux pas esquisser le même ici même l’ombre d’une critique qui sortirait du cadre de cette page, bien que cette peinture, puissante, soit débordante d’élégance, de couleur, de charme, mais je puis vous dire avec quelle joie, j’ai trouvé enfin un jeune artiste, qui, sous le procédé et malgré l’habilité de la « patte » sait et veut dessiner.
Enfin, on revient à l’ouvrage bien fait ; comme nos artisans nos jeunes artistes retrouvent le goût du beau dessin, du beau métier, l’indispensable personnalité va enfin s’appuyer de nous à nouveau sur du solide, sur du « vrai beau ». Ce n’est que par un métier sûr, une volonté tenace de savoir que nous sauverons le patrimoine de notre pays, jadis si riche en génie de toutes sortes et qui faillit d’un rien sombrer dans la médiocrité.
Le Journal, 13 janvier 1943 (Rubrique : Remarqué à Paris), p.4