Parcours pictural

Jean-Denis Maillart évoluait en milieu mondain sans l’être lui-même. Portraitiste par gout, il devint témoin de son temps, ses modèles étant les personnes influentes du moment ce ne sont pas les crémières qui commandent leur portrait disait-il [J-D M, Art et Mémoires, 2021] mais outre les portraits commandés, il en réalisa autant de son choix si l’occasion d’un sujet intéressant se présentant, la personne acceptait de poser. Contrairement donc au peintre à clientèle, dit mondain, terme d’ailleurs utilisé le plus souvent par les journalistes de manière péjorative.

Cet élan irrépressible de lyrisme de sa première manière, dont le summum a été en 1944 la grande toile qu’il a faite de Jacqueline Janet, s’est dépouillé vers les années 1950 pour plus de sobriété voulue, portraits de Jeanne Moreau 1950 dont elle déclara C’est le portrait de mon âme, et celui de Françoise Christophe 1954. Chaque portrait est une bataille laissait-il échapper : traduire sur la toile l’émotion ressentie au premier regard (le sien était percutant), ce qu’Edmond Jaloux nomme l’élément de la vie intérieure, problème non réductible par la couleur. A la « réalité photographique » que certains objectent à son œuvre, il oppose simplement sa conviction « Aucun objectif ne peut remplacer l’émotion du peintre devant son modèle ».

Cependant, le portrait n’a représenté que le tiers de ses toiles, il a brossé un foisonnement de têtes d’enfants Enfant au boléro, fleurs, arlequins, nus ; de veine spontanée et riche ; le thème de la danse lui a toujours été présente (en maillot au repos), celui des fleurs en symbiose avec le visage. Au cours des années 1970, apparaissent des compositions peintes où le dessin prend le pied sur la couleur Évasion ou l’Essor au fond de pierre morcelée ; il insère dans un environnement de pierres, un masque et le rappel d’œuvres, Hommage à Rodin, ou Hommage à Michel-Ange, comme des trompe-l’œil de bas-reliefs. Ou encore Reflets, Rencontres sur fond de veinures de marbre foncé.

Le hasard a joué une grande importance dans sa vie, voyages internationaux et en Europe pour des portraits. En 1968, un portrait sur la Côte d’Azur a orienté toute la dernière décennie de création du maître. Il y prit résidence, une nouvelle période picturale naquit après un intermède de plusieurs mois à dessiner les souches d’arbres géants calcinées, ensemble exposé Galerie Tallien, juin 1971. Cette étude appliquée menée passionnément s’ensuivit d’une sorte de libération dans sa peinture où sa technique s’égaya d’originalité, de fantaisie inspirée de ses modèles : stylisation Barbara 1987 (où il fait abstraction de son inséparable sensibilité), symbolisme : Nu allongé sur écharpe rouge 1970 et combien d’autres, surréalisme : La Voyante, Sirène, etc. Pour revenir à ses portraits : de 1969, Giselle d’Assailly, à l’an 2000 Femme et paon, en l’apothéose de son expérience, la couleur explose avec la fantaisie (coiffure, tenue, attributs, chacun posant suivant son idéal), L’Homme émergeant de la montagne 1990, etc. Véritable chant du cygne de Jean-Denis Maillart, heureux, retiré, d’avoir pu être peintre à part entière sa vie durant.

 Béatrice Aubin Maillart, 2021