Fils et petit-fils de peintres connus, Jean-Denis Maillart hésita avant de suivre la tradition familiale. Il choisit d’entrer comme modéliste chez le couturier Jean Patou. Ce n’est qu’à vingt-huit ans, en 1943, qu’il décida d’exposer, au Salon des Tuileries, le portrait de son épouse, « la Dame en noir ». Le succès obtenu, dix commandes en quelques jours, va remettre en cause la vie professionnelle du jeune artiste. Malgré les conseils de ses amis, il abandonne la mode pour la peinture. Un an plus tard, la ville de Paris acquiert « Etude de danse » toile qui orne depuis lors l’Assemblée nationale et représente Zizi Jeanmaire. Jean-Denis Maillart n’a pas regretté sa décision, mais de son passage dans la haute couture il conserve une grande fantaisie qui le pousse toujours à ne pas s’enfermer dans un style déterminé. Le besoin de liberté d’expression le conduit, dès 1947, à créer des décors de théâtre, dont ceux de la Dame aux camélias pour Edwige Feuillère et du Prince de Papier, mis en scène par Jacques Charon. Il illustre le Bateau ivre de Rimbaud pour une édition destinée aux bibliophiles.
Tout au long de sa carrière il ne cesse de diversifier son œuvre. Il passe sept mois, en1974, à orner de fresques la chapelle de Blonville, en Normandie, avant de partir exposer ses toiles à Monte-Carlo, au Liechtenstein, ou en Allemagne. L’inlassable activité de M. Maillart privilégie cependant toujours son art favori : le portrait.
Plus de 300 modèles
« Aucun objectif ne peut remplacer l’émotion du peintre devant son modèle », déclare Jean-Denis Maillart, qui avoue aussi être parfois si touché par le visage d’un inconnu dans la rue qu’il n’hésite pas à l’aborder et à lui demander de poser pour lui. Le talent de Jean-Denis Maillart et la cordialité qu’il manifeste à ses modèles ont conduit devant ses pinceaux des personnalités de tous horizons : le duc et la duchesse de Mouchy, Jeanne Moreau, le commandant Paul-Louis Weiller, le prince Paul-Louis de Polignac et actuellement la comtesse de Paris…
L’une des récentes œuvres du peintre : le portrait du comte Serge Tolstoï, qui est médecin et a souhaité que figure le caducée au-dessous de ses armes familiales. La reine Fadila, épouse du roi Fouad II d’Égypte, a posé revêtue de sa robe de mariée et tenant romantiquement un éventail orné de fines dentelles.
Il y a quelques années, Jean-Denis Maillart fut présenté, lors d’un cocktail, à Madame et à sa fille, la princesse Diane, duchesse de Wurtemberg. Surpris devant le regard si clair de la duchesse il s’exclama : « Madame, a-t-on déjà peint vos yeux ? », la réponse fusa : « Venez à la maison, en Allemagne. » Le peintre séjourna plusieurs semaines au château d’Altshausen et exécuta quatre toiles. C’est à lui que pensa la comtesse de Paris pour le portrait « officiel » de ses quatre- vingts ans. « Madame est un modèle idéal, dit l’artiste. Elle est ponctuelle, toujours gaie, très intéressée par la progression du travail, et elle me donne d’excellentes idées. » Ensemble ils ont convenu du décor dans lequel apparaît la princesse. Jean-Denis Maillart s’applique à ce que ses modèles soient très à l’aise dans son atelier ; les séances de pose donnent lieu à de longues conversations détendues ou à l’écoute des œuvres d’opéra qu’aiment particulièrement la princesse et l’artiste. Le tableau ne sera dévoilé que le jour de l’anniversaire de Madame, à Eu. Il sera exposé au château, ainsi qu’elle l’a souhaité.
Yves Gérard1
- Revue Point de vue Images du monde, n°2244, aout 1991 ↩︎
